Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

Mémoire tsigane : Des Français sans histoire

 

Date : Jeudi 25 novembre 2010 à 17h30

Thème : Mémoire tsigane

Film : DES FRANÇAIS SANS HISTOIRE de Raphael Pillosio

Intervenant(s) : René Debarre et Raymond Gurême, témoins, Christophe Robert, sociologue et Marie-Christine Hubert, historienne

Divers : Cette soirée s'inscrit dans une semaine pour la mémoire de l'internement des Tsiganes et Gens du Voyage dans un camp situé à l'entrée de l'autodrome de Linas-Montlhéry de 1940 à 1942.

 

Compte-rendu :

des francais sans histoireR. Debarre a vécu dans les camps jusqu'à 6 ans. Il est très heureux d'être là ce soir pour témoigner, pour dire les choses longtemps cachées.
Le nomadisme, le voyage, gêne beaucoup les gens alors que les nomades ne font rien de mal.
Notre caravane a été détruite, les chevaux emmenés...puis la police nous a conduits dans des baraquements puis dans des camps. Nous étions derrière des fils barbelés, comme des brigands. J'ai fait 3 camps différents en 5 ans.

R. Gurême avait 15 ans quand sa famille a été arrêtée à Rouen et emmené au camp de Linas d'où il s'est évadé 2 fois. Il s'est caché dans un arbre toute une nuit pendant que la police et la gendarmerie le cherchaient. Il a travaillé en Bretagne puis a été repris. A été envoyé en Allemagne puis est revenu en France dans un wagon à charbon, caché. Il a été dans la résistance.
« Aujourd'hui, on n'a même pas le temps de décrocher la caravane que la police arrive pour nous faire fuir. Que doit-on faire ? Se sédentariser ? Il faudrait que l'on nous laisse acheter des terrains, nous donne des permis de construire ».

Christophe Robert, sociologue :
Qu'est-ce qui aujourd'hui fait continuité avec cette histoire dont on se rappelle ce soir ?
Beaucoup de choses n'ont pas changé. C'est une histoire difficile car il y a rejet.
Carnet anthropométrique = carnet racial supprimé en 1969 dans sa dimension raciale mais pas dans sa dimension discriminatoire.
Les « gens du voyage » font partis de la population française qui depuis des générations a des papiers spécifiques (livret de circulation) car ils ont un mode de vie spécifique.
Tous les 3 mois, ils doivent aller au commissariat pour montrer leur papier : mais pourquoi ? Par peur des autorités et par désir de maitriser cette population.
Cette population doit choisir une commune de rattachement. Quand elle change de commune, elle doit attendre 3 ans pour revoter.
Tout cela est dénoncé par la HALDE, par l'Europe, par les familles.
Liberté fondamentale de vivre dans une caravane.

Il a fallu organiser des espaces d'accueil : loi Louis Besson de 1990 et 2000 : mais seuls 50% des emplacements prévus ont été réalisé ce qui crée des conditions de vie très difficiles pour les gens du voyage.
Problème : pour beaucoup de familles, ces espaces ne sont pas une solution car elles souhaitent avoir un espace privatif à elles.
Le non accès à l'école est illégal. Normalement, on n'a pas l'obligation d'être français pour aller à l'école.
Problème d'accès aux assurances.
La caravane n'est pas reconnue comme un logement donc pas d'APL possibles ni de prêt au logement.

Discrimination dans le regarde de l'autre : exclusion, mauvaise réputation, stigmatisation, préjugés...

La Loi Loppsi 2 est entrain de passer. Les autorités auront le droit d'expulser de manière arbitraire des gens sans jugement mais sur simple demande du préfet. Loi d'exclusion de tous les gens qui vivent dans des tentes, caravanes, yourtes...

Le thème de la soirée est la mémoire :
Le camp de Linas avait été totalement oublié de l'Essonne. 70 ans après, la parole sort, les témoins parlent.

Repères historiques :

Juillet 1912 : loi qui crée le régime des nomades. Les tsiganes qui circulent pour leur travail sont identifiés, on les fiche, eux et leur voiture par exemple grâce à des plaques spécifiques. Utilisation d'empreintes digitales, de photos de profil, d'un descriptif physique. Auparavant, ces techniques étaient réservées aux criminels.
Objectifs : connaitre les habitudes de circulation de ces gens et les repérer facilement.
Grâce à tous ces papiers, les autorités françaises connaissent bien ces gens à l'aube de la guerre.

Dès le début de la guerre : interdiction de circulation des nomades dans certains départements. On avait peur que les nomades soient des espions pour les allemands.

6 avril 1940 : la France n'est pas encore occupée. Un décret de la 3ème République interdit la circulation des nomades sur tout le territoire pendant toute la durée de la guerre. Ils sont recensés et astreints à résidence.

4 octobre 1940 : les Allemands demandent l'internement de tous les nomades, internement qui est gérés par les préfectures qui exécutent donc les ordres.
Les forains sont pour les Allemands considérés comme des nomades, ils vont donc être arrêtés tout comme les vagabonds, les clochards...
Le camp de Linas-Montlhéry est installé sur l'autodrome, un camp militaire. Après l'été 1940, le site, sur lequel existe des baraquements a été réquisitionné. Vrai camp d'internement avec fils barbelés, baraquements en bois, personnel administratif et une cinquantaine de gendarmes qui assurent la garde du camp.
Conditions de vies désastreuses car rien n'était organisé : pas de changes, rationnement minimum.
Il y avait 50% d'enfants dans ce camp.

Fin 1941 : Les Allemands demandent aux autorités d'organiser des camps beaucoup plus grands. Il va y avoir beaucoup de transferts.
Montreuil-Bellay a été le plus grand camp d'internement pour nomades.
Pour obtenir une libération il fallait : avoir un domicile fixe, avoir un travail, avoir des contacts à l'extérieure et différentes autorisations.
L'internement des nomades n'a suscité aucune protestation, aucune mobilisation de la part de la population contrairement à l'internement des juifs.

A la fin de la guerre, pas d'ordre de libération massive car on considère que ces gens sont aussi bien dans un camp.

Mai 1946 : les derniers internés sortent des camps.

90% des internés tsiganes sont de nationalité française.