Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

No Country for old men

Joel et Ethan Coen, USA, 2008

DEBAT avec Jean-Pierre Ancèle, vendredi 11 février 2011

no country for old menLa curiosité est un vilain défaut. Evidemment, à travers la lunette d'un fusil, il peut arriver que l'on voie ce qu'on n'aurait pas dû voir ; aussi Lewellyn le curieux va-t-il se retrouver pris dans une histoire bien trop compliquée pour lui (un peu comme son prénom). Cela lui coûtera la vie, celle de sa femme et de quelques personnages secondaires.

La mort est un tueur, un tueur froid, infatigable et qui ne renonce jamais. La mort tue à pied, en voiture, en 4X4, le jour, la nuit, en ville, ou dans le désert, la mort tue des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux. Les frères Coen lui ont collé le masque blafard et impassible que porte Javier Bardem menotté, blessé, fracturé. On tente de l'arrêter, on lui passe les menottes, on la pourchasse, on lui met presque la main dessus, on lui colle du plomb dans la cuisse (dans l'aile ?) il/elle s'en tire toujours, et la fin du film ne signe évidemment pas la fin de sa marche. La mort s'échappe encore et toujours. Elle va, va, va.

Les personnages du film la rencontrent, passent juste à côté d'elle sans la voir, jouent leur vie à pile ou face, et si d'aventure l'un d'entre eux remporte une manche dans un petit bazar perdu au milieu de nulle part, ce n'est que provisoire, partie remise, elle repassera.

Bien sûr, les temps sont étranges, les jeunes ne disent plus 'Monsieur' ni 'Madame' quand ils s'adressent à leurs aînés. Le respect s'perd, comme dit l'autre. L'argent a tout corrompu. Un homme blessé, au visage ensanglanté demande de l'aide, on la lui vend (100 dollars pour un blouson), un autre se traîne, veut échapper à la police, des enfants lui vendent leur silence pour quelques dollars. Cette génération ne croit plus qu'en l'argent facile. Tout a foutu le camp. Les vieux n'ont plus rien à faire dans le coin.

Le rythme du film ne ralentit jamais, même pendant les pauses philosophiques du vieux shériff, contrepoint à l'accumulation de morts violentes, sanglantes qui ponctuent l'action. Joel nous laisse reprendre notre souffle un instant Ethan nous le coupe dans la scène suivante.

Comme toujours les frères Coen tarantinisent la violence : les meurtres sont volontairement esthétisés, chorégraphiés, les tueurs trop noirs, le sang trop rouge.

Cet humour froid, impassible, et cette distance permanente sont communicatifs, et c'est bien ainsi que Bardem tue. Clins d'œil narratifs : la même rencontre peut-être angoissante (épicier-Chirugh) ou hilarante (gardienne du camping-Chirugh), clins d'œil cinéphiliques dont le plus jouissif est certainement une montée d'escalier par Wells revisitant à la marche près celle d'Arbogast dans Psychose, nous avons désormais nos habitudes chez Joel et Ethan.

Pas de doute, salle Méliès, avec Parler/voir, il se passe du cinéma.

Jean-Pierre ANCELE