Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

Gloria

John Cassavetes, USA, 1980,

DEBAT avec Jean-Pierre Ancèle, vendredi 22 octobre 2010

gloriaGloria flingue tout ce qui s'approche du gosse que lui ont confié ses voisins. Tirant son petit pistolet de son sac à main, elle désarme les gros mafiosi new-yorkais et les tient en respect, elle les tue aussi dans leur bagnole qui se retourne au milieu de la rue en plein jour, les poursuit jusque chez eux, les enferme dans les chiottes. Gloria, elle a même pas peur. Elle les connaît, Gloria, les gros mafiosi new-yorkais : ils ont massacré toute la famille du gosse, et Gloria, à une époque, elle a vécu avec un de leurs chefs, alors...

Pourchassée, elle passe d'un appartement à l'autre, échappe de justesse à ses poursuivants en sautant dans des taxis conduits, heureux hasard, par des anges gardiens, est finalement transformée en passoire... et s'en sort indemne.

On n'y croit pas une seconde, mais on adore ça.

A la sortie du film, le critique du New York Times qualifiait Gloria de conte de fées. C'est vrai, et ça fait drôlement du bien de se laisser raconter une histoire comme ça. Le conteur, c'est John Cassavetes, et la fée, c'est la sienne, sa fée à lui, Gena Rowlands.

Cassavetes a deux amours : Gena, sa femme, et New York, sa ville, et il nous régale des deux, il les partage avec nous. Il nous offre ses deux chéries, cette femme impériale, ultra-classe, en tailleur Ungaro et cette ville parée de son plus beau yankee stadium brillant comme un diadème, avec ses cours intérieures secrètes où se lovent des taxis aux allures de paquebots. Et il fallait vraiment l'aimer le New York crasseux et violent des années 80 pour lui trouver tant de beauté.

Comme il est de coutume chez le réalisateur de Shadows, on joue à jouer, et peu importe que les personnages ou l'histoire soient crédibles. Les acteurs se régalent et nous sommes conviés au festin.

Polar ou pas, à nous d'en décider. D'ailleurs nous sommes prévenus, Gloria s'appelle Swenson, avec un E. Rien à voir donc avec Hollywood, et même si le scénario est une commande de la MGM, Cassavetes et sa bande restent les indépendants qu'ils ont toujours été. La caméra saute, les cadrages déroutent parfois, mais on est bien dans un film de Cassavetes, un peu comme à la maison, avec Gena Rowlands et l'omniprésent jazz qui rythme le pas de deux de la femme et de l'enfant. Car Gloria, c'est aussi la femme prête à défier le monde entier pour protéger l'enfant menacé ; d'abord femme indépendante, blasée, préoccupée d'elle-même et de son chat, elle va sous nos yeux et sans y être préparée se découvrir plus mère que les vraies. Elle va apprivoiser l'enfant, le séduire, le quitter, le retrouver dans cette improbable et tourbillonnante histoire de couple.

Gloria a cinquante ans, elle est superbe, un peu trop belle peut-être, mais que voulez-vous, c'est comme ça. La caméra lui caresse le visage de gros plans gourmands avec ou sans lunettes noires. Et, John Cassavetes, son amoureux, lui offre un enfant.

Et à nous un film.

Qu'auriez-vous fait à notre place ? On a aimé.

Beaucoup.

Jean-Pierre ANCELE