Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

L'ordre et la morale

Date : Jeudi 2 février à 20h

Thème : Festival L'Industrie du rêve

Film : L'ORDRE ET LA MORALE de Mathieu Kassovitz

Intervenant(s) : Anne Bourgeois, déléguée générale du Festival, Eve Machuel, productrice exécutive et Philippe Rouyer, journaliste à la revue Positif et au Cercle de Canal+

Compte-rendu :

Comment une productrice se lance t elle dans une telle aventure ?

« On a commencé à travailler sur le projet avec Mathieu depuis 2001. Il y a eu 10 ans de boulot ! On a cherché à avoir l'accord de toutes les familles Kanaks, l'accord collégial des chefs de tribus... ce qui a pris beaucoup de temps. Cet événement est encore une plaie ouverte là-bas ».

« Le film n'a pas été tourné en Nouvelle Calédonie mais en Polynésie française. L'acteur qui joue Alphonse a été trouvé en France, lors d'un casting alors qu'il faisait des études d'avocat à Clermont-Ferrand ! Pour jouer ce rôle, Iabe Lapacas devait avoir l'autorisation de ses pères, or le hasard a bien fait les choses puisqu'il était du clan d'Alphonse Dianou ! »

« Historiquement, Christophe Rossignon et Mathieu Kassovitz sont liés. Christophe a produit les courts métrages et les premiers longs de Mathieu, ils sont nés au cinéma l'un avec l'autre. On choisit également de produire un film comme ça car on à l'intime et grande conviction du talent de Mathieu ».

L'écriture du scénario
Film adapté du livre de Philippe Legorjus, La morale et l'action.
« Mathieu s'est plongé dans cette culture kanak, a rencontré des gens de l'armée, a vu des gens concernés par l'événement, a lu toute la documentation qu'il pouvait avoir à disposition... Son souhait était de rendre ce film à ceux qui ont vécu l'histoire. Philippe Legorjus a été tout de suite favorable au projet et était à notre disposition pour des questions, précisions... Il a laissé à Mathieu une grande liberté de création. »
 
Censure
« Il n'y a pas eu de censure à proprement parlé. L'armée et la gendarmerie ne nous ont pas aidé mais elles ne nous ont pas non plus empêché de faire le film ».
« La censure n'a pas été politique mais commerciale. Peu de salles l'ont diffusé, certaines salles l'ont même déprogrammé en cours de semaine, ce qui ne se fait jamais ! En France, le film a été un insuccès avec 150 000 entrées pour le moment. Le succès d'un film est avant tout lié à une envie. En Nouvelle Calédonie, il y a un exploitant unique à Nouméa qui avait acheté le film sur scénario mais qui a subit des pressions politiques locales et qui nous a donc rendu son mandat. Le film a failli ne pas être exploité là-bas. Finalement, un réseau parallèle kanak s'est mis en place avec les associations, les cinémas itinérants... et les projections se passent très bien, sans violence ni bagarres. Il y a eu 25 000 entrées là-bas pour une population de 245 580 habitants ».
« Bernard Pons a démonté le film sans même l'avoir vu. Legorjus a été victime de cette raison d'état alors qu'il était persuadé qu'une fin pacifiste était possible ».
 
Histoire et cinéma
Le film aide à un devoir de mémoire, permet d'entamer le dialogue.
Rapport à l'actualité qu'on fictionnalise.
On est ici dans une histoire assez récente à la première personne.
En France, on a mis beaucoup de temps à filmer l'histoire récente contrairement au cinéma américain qui réagit souvent juste après un événement (Cf. Films sur la guerre du Vietnam ou la guerre en Irak) ou au cinéma italien avec le néoréalisme notamment.
Le film n'est pas L'Histoire mais un pan de l'histoire reconstitué. Ce n'est que du cinéma !
Vrai film de cinéma.
Cf. La Haine, avec cette même fin inéluctable, ce compte à rebours...
Importance du travelling, par exemple dans le premier et le dernier plan.
Travail sur le plan séquence.
Gros travail sur le son et la musique avec Les Tambours du Bronx.
C'est à la fois une vision historique et une approche lyrique.