Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

Un dimanche au ciné…avec un film culte ! - La Belle Noiseuse

Dimanche 23 aout 2020 à 16h 
Un dimanche au ciné… avec un film culte !
Hommage à Michel Piccoli
En partenariat avec l’ADRC, le Ciné220 vous propose chaque semaine de cet été une rétrospective qui rend hommage à la carrière exceptionnelle et à l'immense talent de Michel Piccoli. Cette rétrospective de 8 films parmi les plus marquants de sa filmographie, du Mépris de Jean-Luc Godard (1963) à Habemus papam (2011) de Nanni Moretti, raconte aussi Michel Piccoli par ses "familles de cinéma" aux côtés de ses amis Claude Sautet, Marco Ferreri, Luis Buñuel et bien d'autres.
« Piccoli. Piccoli est un nom pluriel. Que retenir de ses soixante-dix ans de théâtre, de télévision et de cinéma, de ses deux-cents longs métrages ? Il y a tant de Piccoli. Nom pluriel, adjectifs pluriels : Piccoli séducteur, manipulateur, trouble et ambigu, glacial et dangereux, jouant les notables et les bourgeois… Mais il existe un autre Piccoli, un Piccoli que les années 1970 vont révéler : un Piccoli farceur et tapageur, cocasse et fantasque, extravagant et exubérant. Un homme qui n’est jamais là où on l’attend, qui a toujours voulu surprendre et bousculer. Michel Piccoli est un drôle d’acteur : un acteur populaire qui n’a cessé de servir le cinéma d’auteur ». Yves Jeuland.
Film accompagné d’une présentation par Franck Senaud, professeur d’histoire de l’art
 

 

LA BELLE NOISEUSE
Un peintre vieillissant est rongé par un secret qui l'obsède : l'abandon, il y a dix ans, d'un grand tableau qui devait être son chef-d’œuvre et dont sa femme était le modèle. L'arrivée d'un jeune couple dans sa propriété du Midi va lui permettre de reprendre cette œuvre et c'est la jeune femme, qui cette fois, lui sert de modèle. Pendant les cinq journées de pose, la tension va monter entre les différents protagonistes.
De Jacques Rivette, avec Michel Piccoli, Emmanuelle Béart, Jane Birkin
France – Drame – 4h – 1990
Ce fut, au Festival de Cannes 1991, un événement insolite à bien des égards. A 63 ans, Jacques Rivette, cinéaste-auteur exigeant, rigoureux, dont les films n'ont jamais vraiment atteint le grand public, se trouvait exposé aux feux de l'actualité internationale et recevait le grand prix de la compétition. Reconnaissance tardive sans doute, mais « La Belle Noiseuse » devint, du coup, le « chef-d’œuvre connu » de Rivette, celui pour qui la création artistique (à travers le cinéma) a toujours été un mystère arraché au secret des âmes et à la vérité intérieure des êtres. Balzac avait déjà inspiré Rivette pour son Out one, noli me tangere, version moderne et très longue de L'Histoire des treize. Et, dans La Bande des quatre, comédie à suspense tournée en 1988, il était fait allusion à un tableau, La Belle Noiseuse (une noiseuse est une femme qui cherche des noises). Le film, présenté ce soir dans sa version longue de quatre heures (coupée par un entracte, lorsque Marianne, épuisée, s'endort pendant une séance de pose), est un extraordinaire jeu de fausses pistes pour un secret qui ne sera jamais vraiment dit. Un extraordinaire affrontement entre le peintre, que son ami, sorte de Méphisto, a poussé à l'acte jusqu'alors refusé, et le modèle entièrement nu, reprenant le rôle qui fut, autrefois, celui de l'épouse. Marianne est manipulée, humiliée, transformée en victime expiatoire, mais, en même temps, elle exerce un pouvoir quasi magique. Un rite de possession – qui finit par atteindre les autres protagonistes – permet à Frenhofer de traverser les apparences, tout au long d'un suspense haletant. Il n'y a, dans la mise en scène de Rivette, aucun artifice, aucun piège, aucun effet de manche. Mais, en temps réel, les mains du peintre Bernard Dufour prêtées au personnage de Piccoli, réalisent les esquisses et traquent la vérité du corps du modèle. Il y a quelque chose de sublime dans ce film et dans ses interprètes.