Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

La Nuit des rois

Dans la MACA d’Abidjan, l’une des prisons les plus surpeuplées d’Afrique de l’Ouest. Vieillissant et malade, Barbe Noire est un caïd de plus en plus contesté. Pour conserver son pouvoir, il renoue avec le rituel de “Roman”, qui consiste à obliger un prisonnier à raconter des histoires durant toute une nuit.
De Philippe Lacôte, avec Bakary Koné, Steve Tientcheu, Digbeu Jean Cyrille
France / Côte d'Ivoire – Drame – 1h33 – 2021
Comme son titre le laisse supposer, le deuxième long métrage du cinéaste franco-ivoirien Philippe Lacôte est imprégné de Shakespeare. Mais c’est davantage à une version africaine des Contes des mille et une nuits que fait penser cette chronique violente de la lutte pour le pouvoir au sein d’une prison. Dans la sinistre Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, Barbe-Noire, le chef des détenus, décide, pour restaurer son autorité vacillante, de réactiver une tradition ancestrale : à la prochaine lune rouge, un prisonnier devra raconter une histoire toute la nuit durant, sous peine d’être massacré. Le malheureux élu, fraîchement débarqué à la « Maca » et rebaptisé « Roman », va alors relater, sinon inventer, la splendeur et les misères de Zama King, fils d’un aveugle devenu chef d’un gang pendant la guerre civile…
À la manière du récit du jeune homme qui part de faits documentés pour les transformer en légende, le film entremêle avec brio le réalisme, le mythe et la magie. La puissance des mots de Roman agit comme une libération pour ses codétenus qui, à plusieurs reprises, prennent le relais de son récit dans des chants proches de la transe. La théâtralité de certaines scènes (au risque, parfois, d’un jeu d’acteurs qui sonne faux) est indissociable d’une puissante mise en scène de cinéma. Philippe Lacôte joue avec brio des contrastes entre le dedans et le dehors ; entre la noirceur de la nuit carcérale et les couleurs éclatantes du monde extérieur ; entre le style quasiment documentaire des séquences de prison, filmées caméra à l’épaule, et la réalisation à la fois plus ample et plus posée des flash-back sur Zama King.
L’envoûtement est garanti.