Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

Gloria Bell

La cinquantaine frémissante, Gloria est une femme farouchement indépendante. Tout en étant seule, elle s'étourdit, la nuit, dans les dancings pour célibataires de Los Angeles, en quête de rencontres de passage. Jusqu'au jour où elle croise la route d'Arnold. S'abandonnant totalement à une folle passion, elle alterne entre espoir et détresse. Mais elle se découvre alors une force insoupçonnée, comprenant qu'elle peut désormais s'épanouir comme jamais auparavant…
De Sebastián Lelio, avec Julianne Moore, John Turturro, Caren Pistorius…
USA – Comédie dramatique – 1h41 – 2019 – VOSTF
Dans son dernier film, le réalisateur retrouve la femme divorcée qu’il avait filmée il y a six ans, Gloria, et lui donne un nom de famille, Bell (en anglais, l’expression « to ring a bell » signifie « rappeler quelque chose »…). C’est Julianne Moore qui a proposé à Sebastián Lelio de reprendre le rôle, pour un « auto-¬remake » très fidèle, si ce n’est la transposition de Santiago à Los Angeles. Gloria est toujours la même femme qui n’a pas renoncé à s’amuser et à danser malgré son âge et le regard des autres. Et, surtout, malgré les autres qui ne la regardent plus. Son fils l’évite, sa fille part en Suède, et son nouvel amant n’arrive pas à lâcher son passé (John Turturro parfait en lâche torturé). Gloria est seule. La tendresse que Sebastián Lelio porte à ce personnage émouvant, mais jamais pathétique, est évidente : il la filme au plus près, ne la quitte pas des yeux, lui. Il ne détourne pas sa caméra quand elle s’allonge ¬entièrement nue sur son lit ou quand elle couche avec son amant. On a rarement vu des scènes d’amour entre quinquas aussi franches et sensuelles.
Cela fait plusieurs années que Julianne Moore assume son âge dans ses films (en 2014, elle était une actrice vieillissante dans Maps to the stars,de David Cronenberg). Le rôle de Gloria Bell l’amène encore plus loin : son personnage va apprendre à s’accepter, comme elle finit par tolérer ce chat imberbe, à la peau plissée, qui s’infiltre toujours chez elle et qui la dégoûte — « on dirait une momie », dit-elle. Sebastián Lelio suggère le tragique de la vie de Gloria et des personnages qui l’entourent par des scènes apparemment anodines, des arrière-plans qui pourraient passer inaperçus. C’est à un fugace geste d’agacement de son fils qu’on comprend qu’il ne la supporte plus, c’est en apercevant la famille de son amant qu’on saisit le désarroi de sa situation… Et c’est la bande-son qui souligne l’évolution chaotique de son héroïne, d’une chanson désespérée à une autre où l’espoir pointe. Pour la laisser, à la fin, sur une piste de danse, seule mais déchaînée au son tonitruant de Gloria (version disco). A nouveau débarrassée de son nom de famille. -Enfin émancipée

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