Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

Ceux qui travaillent

Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend - seul et dans l’urgence - une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.
De Antoine Russbach, avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Louka Minnella…
Belgique, Suisse– Drame – 1h42 – 2019
Ce premier film d’un jeune réalisateur suisse (et premier volet d’une trilogie chorale) porte un regard sans concession sur notre société en s’attachant à dépeindre l’aliénation, le mal être et parfois la déshumanisation du travail chez les cols blancs. Cet ancrage très contemporain permet à Antoine Russbach de livrer un constat implacable, terrifiant mais ô combien réaliste sur notre société. Emmené par le toujours formidable Olivier Gourmet, intense, émouvant et tout en intériorité, ce drame social et familial brosse le portrait d’un homme ordinaire, d’un dévouement professionnel sans faille et père de famille austère, taiseux mais aimant, dont la vie bascule. Cet anti-héros tragique, victime d’une injustice sociale, trahi par un système auquel il a tout sacrifié, va voir son seul modèle de vie, son intégrité et ses valeurs vaciller, interrogeant aussi les responsabilités et décisions individuelles morales.
Le film brasse et explore ainsi avec finesse et intelligence de nombreuses et passionnantes thématiques sociétales, mais les interroge sans dogmatisme : le capitalisme sauvage, la compétitivité, la consommation, le profit aveugle, les apparences ou encore le matérialisme qui régissent souvent nos vies.
Le réalisateur construit avec habilité un récit porté par une mise en scène glaçante et sans artifice, presque clinique, au service de son sujet et de son propos, qui réserve de nombreux revirements, tenant ainsi le spectateur en haleine.
À travers cette réalité contemporaine finement observée, le film explore aussi le poids de la culpabilité, du mensonge et couple cette terrifiante peinture à de riches réflexions sur le sens du travail, son rôle social et la façon insidieuse dont ses répercutions s’immiscent dans la famille, l’intimité, nos esprits, ébranlant ainsi un équilibre précaire et nos propres convictions.
Un premier film social et politique captivant et magistralement porté par son interprète.

ceux qui travaillent 9 10